Une histoire sociale des Landes, de 1830 à 1914

Une histoire  sociale des Landes, une  forte représentation du Parti Socialiste dans le département du 40 et une longue  histoire commune.

Aujourd’hui, en 2018,  malgré les récentes déconvenues électorales, les élu(e)s socialistes sont nombreux (ses) et actifs(ves) dans le département  des Landes ;

– deux Sénateurs, Monique Lubin et Éric  Kerrouche ;

– un Député, Boris Vallaud ;

– 18 Conseillers Départementaux, dont le Président, Xavier Fortinon ;

– une Présidence d’EPCI sur deux que compte le Département, Elisabeth Bonjean, Présidente du Grand Dax ;

– 9 Présidences de Communautés de Communes sur 16, Pierre Froustey, Président de MACS ;

– 20 Maires de villes de plus de 1000 habitants, Jean Luc Delpuech pour Labenne, mais aussi  les Maires de Capbreton, Angresse, Ondres,  Soustons, Dax, Morcenx…

Autant de mandats qui sont le résultat du travail et de la valeur des élus socialistes  (anciens comme actuels),  mais aussi  des convictions militantes , de la vitalité des sections et de l’histoire sociale des Landes.

Département rural et touristique, lieu de villégiature pour beaucoup, avec une forte attractivité, les Landes ne ressemblent pas aux bastions socialistes traditionnels que furent les départements du Nord et des Bouches du Rhône, ses spécificités font l’objet du résumé suivant.

Le Conseil Départemental des Landes, sous l’impulsion d’Henri Emmanuelli,  a commandé au CNRS une étude publiée en 2003 qui retrace l’histoire sociale des Landes du 19éme siècle à nos jours.

Elle a pour objectif de permettre aux habitants des Landes, et à toute personne intéressée, de s’approprier leur histoire et de prendre conscience de la singularité du mouvement social landais.

Je vous propose un rapide résumé de cette étude, l’idée étant bien entendu de vous inciter à aller à la source.

Détail de l’étude, ici.

Les Landes au rythme de la France du 19éme siècle 

Jusqu’au milieu du 19ème siècle, le paysage landais se compose de trois types d’espaces : le plus important , la lande marécageuse et non fertile,  puis  les terres cultivées ( 5 % de la surface ) et quelques forêts.

L’élevage des moutons sur la lande (biens communaux) permet en plus de la fourniture de viande et de peaux, après le ramassage des crottes ,  d’engraisser de petites parcelles de 3 à 5 hectares, pour la culture de seigle et de maïs. L’activité agricole est donc essentiellement vivrière, elle est destinée principalement aux habitants et repose sur la solidarité des familles installées sur les airiaux,  lesquelles se partagent  l’espace en petites parcelles de propriété privée et autres parcelles en propriété collective.

Trois modes d’exploitation de la terre sont pratiqués : l’élevage des moutons sur les parcours, les labours des terres cultivables, la sylviculture sur les dunes littorales, de l’intérieur et les endroits drainés.

Plusieurs métiers sont donc pratiqués, berger, laboureur, gemmeur, brassier, meunier.  Les femmes participent en fonction de leur âge aux travaux du « dehors » ou du « dedans ».

Photos, extraite de l’histoire sociale des landes

Cette société rurale est organisée et hiérarchisée autour de 5 grandes catégories sociales ;

– les propriétaires non exploitants, peu nombreux à cette époque

– les petits propriétaires exploitants, nombreux

– les fermiers, peu nombreux

– les métayers, nombreux

– les journaliers ou brassiers

Les deux groupes les plus nombreux; les petits propriétaires exploitants et les métayers, semblent se rejoindre par la modestie de leur niveau de vie après de rudes travaux agricoles sur un sol infertile et insalubre.

Tous ces groupes, bien que hiérarchisés, vivent proches les uns des autres, à l’exception des grands propriétaires peu nombreux à cette époque.  Une étroite relation de dépendance et de solidarité s’installe entre tous ces groupes, la réussite des uns dépendant de celle des autres.

Dicton entendu par ici ; « pour qu’un arbre pousse droit, il faut qu’il soit entouré, pareil pour les humains… »

Les habitats, situés sur le même site,  l’airial, se différencient par leur architecture, la maison du métayer est moins spacieuse et moins confortable que celle du maître et une relation paternaliste est bien présente entre le maître et son métayer.

Vous pourrez compléter votre lecture  par  la consultation des sites suivants :

Archives départementales

Ecomusée de la Marquèze

Photos Félix Arnaudin

Le vaste programme de modernisation, d’assainissement des marais et d’afforestation lancé par l’Empereur Napoléon III, dans la seconde moitié du 19ème siècle va balayer cette organisation traditionnelle et inventer les Landes modernes.

En effet, il apparaît que la forêt rapporte,  à 25 ans, elle produit des chevrons pour la charpente, à 30 ans commence la résine et à partir de 50 ans le bois est utilisable pour la marine.

Dès 1830, l’idée d’étendre la forêt fait son chemin. Pour cela il faut donc assécher les zones humides. Les méthodes sont connues et appliquées depuis 1820, il restera à les appliquer à grande échelle et les imposer par la loi, en 1857, puis en 1860.

( techniques développées par H. Crouzet et Jules Chambrelent)

L’invention des Landes modernes à partir de 1830

Les  actions menées seront  les suivantes ;

– assainissement des marais et transformation du statut des biens communaux en 1860.

– modernisation de l’agriculture, remplacement progressif de l’agriculture traditionnelle au bénéfice des seuls habitants des Landes, par une agriculture spéculative, tournée vers l’extérieur et reposant sur la culture du pin.

– développement des moyens de transport à partir de 1852, création des voies ferrées Bordeaux-Bayonne ( vertical) et Morcenx-Mont de Marsan-Tarbes (horizontal)

Extrait

Napoléon III s’investit personnellement dans la mise en valeur du département, entraînant derrière lui un certain nombre d’hommes influents du régime. Dès 1857, l’empereur se fait concéder 7000 hectares de terres marécageuses et désertiques, c’est le domaine de Solférino. Outre Napoléon III lui-même, le plus célèbre propriétaire landais de l’époque est sans doute le comte Colonna Walewski, à qui l’empereur offre le domaine des marais d’Orx qu’il a acquis en 1858. A nouveau, c’est l’occasion pour Henri Crouzet, de procéder à d’ambitieux aménagements : les vastes étendues marécageuses sont asséchées et transformés en prairies et en terres labourables, un trentaine de fermes sont construites ou restaurées. A leur suite, d’autres hommes influents du régime deviennent propriétaires dans les Landes et participent à l’effort de modernisation. Les frères Péreire, banquiers du régime et déjà artisans de la ligne de chemin de fer Bordeaux-Bayonne, se rendent propriétaires de 10 000 hectares de landes qu’ils contribuent à mettre en valeur.

En 1860, une nouvelle législation prévoit que, lorsque les Communes ne peuvent pas engager les frais nécessaires à l’assainissement des communaux, ils seront effectués par l’Etat qui se remboursera par la vente des terrains.

La privatisation des communaux est désormais acquise. 

Ceux qui le peuvent se précipitent sur les communaux que les communes elles-mêmes aliènent. Le bornage des nouvelles parcelles pose problème car pas toujours régulier. On assiste à un vaste mouvement de concentration foncière entre les mains de nouveaux propriétaires éloignés de l’agriculture, notables, commerçants et artisans. Cet éloignement social et géographique, se retrouve là encore dans l’habitat, maison en pierre à quatre pentes en ville pour le propriétaire et maison à deux pentes dans la forêt.

Les petits propriétaires et les métayers artisans de l’agriculture traditionnelles sont le plus souvent incapables d’acheter.  Ils perdent l’usage des communaux pour la pâture et sont contraints de quitter la région.

La ville de Saugnac et Muret , perd entre 1866 et 1884, 474 habitants, soit le 1/4 de sa population.

En conséquence, l’assainissement des Landes, la modernisation et la mutation de l’agriculture vers la sylviculture vont surtout servir les intérêts des grands propriétaires et notables qui seront les seuls à pouvoir acheter les nouvelles parcelles, financer la plantation et l’entretien des pins  puis attendre les récoltes, d’abord de la gemme puis à environ 50 ans, du bois.

Le développement de la sylviculture et du gemmage bénéficie également de circonstances économiques favorables ;  au milieu du 19éme siècle on assiste à la  croissance de l’industrie, grosse consommatrice de bois, au développement des techniques de transformation de la résine, et enfin à la guerre de sécession aux États Unis qui ralentit leur production et donc leurs exportations.

Bien entendu, le transport des productions de bois et de résine seront facilités par les infrastructures ferroviaires nouvelles. Lesquelles auront d’ailleurs un effet négatif sur la population en facilitant l’émigration vers d’autres cieux.

Dans le même temps , le système de rente en nature du métayer vers son propriétaire évolue vers une rente en argent. Par exemple , le métayer gemmeur  va recevoir une somme fixe par barrique, déterminée à l’avance et non une part du produit de la vente. Le métayer devient mi-paysan, mi-ouvrier.

Les rapports changent et s’éloignent des rapports paternalistes traditionnels pour tendre vers des rapports sociaux conflictuels proches des rapports patrons-ouvriers propres à l’industrie.

Les débuts du Mouvement Social, 1890/1914

Les mêmes causes produisant les mêmes effets, les résistances apparaissent, la privatisation des biens communaux se heurte à l’hostilité des bergers qui refusent de voir disparaître les espaces de pacages traditionnels. De nombreux incendies, sans doute criminels sont à déplorer.

Du côté des gemmeurs, le prix de marché de la barrique a augmenté de près de 100 %. En 1816 elle se vend 23 francs, en 1836, 57 francs, au seul bénéfice du propriétaire, le métayer ayant reçu un fixe, d’où les rassemblements de Lesperon  des 21 et 28 Février 1836 pour réclamer une meilleure répartition des fruits de la vente.

En conséquence à la guerre de sécession (1861/1865), le prix de vente de la barrique de résine passe à 225 francs, le métayer gemmeur reçoit entre 20 et 25 francs.

En 1863, les gemmeurs de Sabres s’élèvent a nouveau contre leurs propriétaires. Ce mouvement,   » La révolution de Sabres » peut se définir comme un moment charnière qui ouvre la transition vers une prise de conscience générale et l’émergence d’une organisation des travailleurs de la  forêt.

Parallèlement l’Histoire suit son cours. Le 4/09/1870, Napoléon III est déchu et la République est proclamée, elle rétablira le scrutin d’arrondissement qui donnera 5 Députés et 3 Sénateurs aux Landes.

Le Département se caractérise par un métayage très développé , une propriété foncière très concentrée et des conditions de vie toujours difficiles pour les 30 000 à 40 000 gemmeurs. Les paysans landais sont gagnés au début du 20éme  siècle, par un radicalisme coopérateur, selon lequel l’entraide paysanne prime sur l’antagonisme avec les propriétaires.

A la même époque, le problème majeur pour les ouvriers résiniers est toujours et encore le partage de la récolte des résineux, d’où les mouvements revendicatifs qui suivent, par les grandes grèves de Lit et Mixe en 1906/1907.

En 1907, le congrès  de Morcenx entérine la création de la  » Fédération Syndicale des Fermiers, Métayers et Partis Similaires de la terre landaise »

A noter que cette fédération écarte , dans un premier temps, l’affiliation à la CGT.

Parallèlement, en France , les courants socialistes se développent et s’unifient en 1905 au sein de la Section Française de l’Internationale Ouvrière (SFIO)

En 1911, la Fédération se transforme et devient « Fédération Syndicale des Ouvriers Fermiers et Métayers Gemmeurs de France« , adhère à la CGT, lance le journal  » L’Avenir Social », adhère à la SFIO et consacre la victoire des Socialistes dans la lutte du monde paysan des Landes.

A noter que, en ce début de siècle , ce sont bien les paysans qui sont à la pointe du mouvement social. La population ouvrière est encore réduite et employée essentiellement au Forges  de l’Adour à Tarnos.

En 1906, 1910 et 1914, les Landais élisent le Député, Léo Bouyssou, (Radical Socialiste) dans la 2ème circonscription, celle de Mont de Marsan.

Pour conclure cette 1ère  partie, 1830/1914, il faut reconnaître que c’est bien la loi de 1860 qui crée le point de bascule entre les Landes traditionnelles et les Landes modernes amenant ainsi les conditions favorables à l’implantation durable des valeurs socialistes dans le département.

Avec une question qui s’impose, après les assainissements, nécessaires; effectués sous l’empire de Napoléon III, pourquoi les biens communaux n’ont-ils pas été rétrocédés sous quelque forme que ce soit à celles et ceux qui les travaillaient depuis des siècles ? Faut-il y voir un manque de respect et de confiance dans cette population ?

A suivre..

– 2ème partie, 1914/1945

– 3ème partie, 1945/1981

Pour rappel, ce rapide résumé à été réalisé à partir des sources suivantes :

CG40 : histoire sociale des Landes aux XIX et XX siècles 

Regards sur l’histoire sociale des Landes par Jean Cailluyer

Le secrétaire : Claude  Descoubes